22 décembre 2009

Errance I

Publié dans Fragments de Chaos refroidis à 12 h 21 mi par oxymore1202

Réveil mouvementé. Impossible de retrouver ma place de concert. J’étais pourtant sur de l’endroit où je l’avais déposé il y a deux semaines. Sous le lit, rien. Je fouille en vain mon tapis de livres. Je ne m’en suis pas servi de marque page. Comme la mer emporte les corps au loin, le capharnaüm qu’est ma chambre l’a happé.

A une autre époque, j’aurais cru à un lutin farceur l’ayant caché. Mais les mythes ne sont plus vivants pour nous; j’imagine juste un courant d’air l’ayant fait voler jusqu’à la fenêtre. Ou que mon père l’a revendu sur e bay. Essais insensés de l’esprit pour donner un cadre rationnel à cet évènement. Que l’absence ne soit pas accompagnée du non sens.

Une heure de recherche inutile. Regarder trois fois aux mêmes endroits ne fait pas réapparaitre ma place. J’abandonne et part au boulot.

Vers 10h, je me surprend à trainer sur le site de la fnac. L’envie de vandaliser les transports à chaque avarie sourd en moi. Me voilà sur la page d’achats de billets. Les remontrances me demandant de n’être que formel avec mes clients. Je clique et valide mon achat. 50 € s’envolent de nouveau. Le besoin d’évasion a pris le dessus. J’ai longtemps été pris d’un mépris dénué d’empathie envers les gens allant à des soirées pour faire rupture avec les émotions de leur quotidien. Des égouts inondés dégorgeants leurs eaux sales. Et me voilà en train de devenir ce qu’il y a peu encore, je regardais dédaigneusement. Un de ces êtres a moitié résigné au changement, s’accrochant à ce qu’il peut pour prolonger le précaire équilibre dans lequel se maintient sa vie.

Si plus tard dans un instant d’amertume nostalgique, je me demande à quel moment ma vie a foiré, cette anecdote pourra être une réponse.

La journée au boulot passe. Copie sans saveur d’une autre.

Elle finit enfin ! Direction le Zenith et sa catharsis attendue. Dans le métro je m’amuse a repérer ceux qui peuvent faire parti du public de Manson.

Les traditionnels adolescents habillés de t shirts a l’effigie de celui qui a apporté une voix a leurs questions et angoisses sont les plus repérables.

Ils me rappellent la jubilation que j’avais a leur âge a porter un sweat où Manson se représentait en Christ putréfié tandis que sur le dos était écrit en gros “kill your god” “kill your parents” “kill yourself”. Et dans une police d’écriture plus petite, un message reliait ces trois phrases. ” Attention, écouter Marylin Manson peut vous amener a TUER VOTRE DIEU, vous rendre compte que vos géniteurs sont stupides. Vous voudrez alors TUER VOS PARENTS. Puis dans un geste desespéré très rock n roll, vous pourriez aussi vous TUER VOUS MEME. ” Évidemment les gens ne s’arrêtaient qu’à ce qui était en gros caractères et se donnaient un air choqué. Oui, ce prêt a porter de la provocation m’a procuré quelques petites joies.

La noirceur facile se transformant en réflexe pavlovien dans ce genre de milieux, c’est vêtu d’une chemise à fleur que je me suis rendu à ce concert. Pied de nez discret à ceux qui transforment la provocation en uniforme.

Je continue de tenter de repérer les fans. Certains sont plus discrets, comme ce cadre moyen, habillé d’un trench et de chaussures de ville, mais dont un piercing a l’arcade trahit, si ce n’est la volonté d’automutilation, une légère volonté d’anticonformisme.

Je me mêle a cette troupe hétérogène pourtant dirigée vers le même divertissement.

A côté de moi, une petite brune habillée de noir. L’eye liner lui donne une touche discrètement gothique. Le simple prétexte de m’ennuyer suffit pour lier la conversation. Elle est en arrêt maladie depuis deux ans, se remettant d’une hémiplégie suite à une rupture d’anévrisme.

J’imite le journaliste à la recherche de racoleur. La conversation dérive sur les excès des fans. Une amie à elle attend depuis 8h du matin. Je me demande si ce genre de personnes seraient prêts à acheter de la drogue, espérant qu’elle serve de passe pour les backstages. Elle me corrige, disant qu’il suffit juste d’être une nana et peu vêtue pour avoir un accès. Le drame de son amie est d’ailleurs de n’avoir jamais été choisie.

Des gens alimentant autant leur cristallisation ne supporteraient au final pas le contact avec la réalité de leur idole. Trop de décalage. C’est la théorie dont je fais part à la jolie brune. Elle part du principe inverse. La cristallisation augmentera la valeur de l’expérience. Même si Manson est un éjaculateur précoce à petite bite, la nana jouira comme rarement.

Au final les deux se rejoignent. D’abord l’euphorie puis le dégrisement.

Toujours autant fasciné par les déviances de l’humain, nous repartons sur les excès. Une autre de ses amies, groupie obsessionnelle d’Indochine, met après chaque concert ses habits sous cellophane et les accroche à son mur. Un mur de de fringues imbibées de sueur et d’hystérie. C’est ce genre d’anecdotes qui me pousse à sortir de chez moi. Ces histoires improbables me donnent le sentiment que ma journée n’a pas juste existé pour me rapprocher de ma mort.

Un ami à elle arrive. Mes amis aussi. J’hésite à prendre son numéro. N’ayant pas vu beaucoup de signes d’intérêts, je ne le fais pas. La mécanique est rouillée. J’ai perdu mes réflexes et une partie de cette désinvolture où un petit diable apparait sur mon épaule, hausse les siennes en me disant ” On s’en fout en même temps, rien à perdre.” Je les laisse et pars rejoindre mes potes. Non sans un regret à imaginer ce qu’aurait pu donner la suite. Les regrets ont la délicatesse de laisser intact le possible sublime d’une rencontre. C’est le seul délice de l’inaction.

Nous nous asseyons dans les gradins, jetant une oreille distraite et un œil ironique à la première partie. Le chanteur sembler aimer monter sur ses retours. Nous le diagnostiquons atteint du syndrome Sarkozy. Trop honteux de sa taille. Nous échangeons sur nos vies et racontons des blagues, des bières, dont la couleur et le prix rappellent l’or, à la main. L’instant est plaisant.

Le public est aussi peu réceptif que nous. Le chanteur le sait. Il ironise, faisant hurler au public “We want Manson !”, suivi d’un “Fuck you”. Un bon chauffeur de salle, en somme.

Puis le rideau tombe. La tension monte. Les hystériques hurlent. Les motivés descendent dans la fosse. Les pragmatiques vont rechercher des bières.

Premières notes. Une basse lourde ravive les émotions des centaines d’heures passées à écouter ce groupe. Je suis dans un terrain chaleureusement familier. Mon pied bat le rythme.

” This is evolution. The monkey, the man, then the gun.”

Derrière moi des gens fument. Un joint. Ils m’ôtent mes derniers scrupules à allumer une cigarette. Nicotine. Alcool. Musique. L’euphorie s’empare de moi.

Mon pacte avec l’écriture me pousse à rester spectateur. Pour voir, noter et pouvoir me restituer autant que l’environnement.

Quelques chansons plus tard, il est rompu. Je quitte les gradins, vais rejoindre la fosse. Le son me traverse. Clope à la main, je hurle sur les chansons. Mon corps s’agite, frénétique. La catharsis a lieu.

Le public autour de moi est dans un état similaire. Je me fraye un chemin dedans, jusqu’à apercevoir de près le chanteur.

Manson tient un micro et une rose noire en main. En fond, par delà les fumigènes, une toile tendue. Dessus, des notes. Incohérentes pour qui ne les a pas écrites. Comme les murs d’une chambre de fou. Comme une feuille d’écrivain.

“Hey, you, what do you see, something beautifull, something free ?” Toute ma haine momentanée de la vie se condense dans des paroles que je défigure de mes hurlements.

Parfois Manson me parait tragique quand la foule scande
” They love you, when you’re on all the covers.
When you’re not, then they love another.”

“A pill to make you numb
A pill to make you dumb
A pill to make you anybody else
But all the drugs in this world
won’t save her from herself “

D’autres fois, juste touchant.

Ma gorge est irritée à force de cris et de clopes. Je suis en sueur, essoufflé. Devant moi une femme enlève son tshirt. Topless. Mon imagination commence à travailler. Je me demande comment l’embrasser, pour continuer sur cette lancée dionysiaque. Des hanches peu prononcées, les cheveux mi longs. Détail intéressant, elle a gardé ses lunettes. Je lui fait part de ce point qui m’amuse.

C’est une voix grave qui me répond. Un homme. C’est un homme.

Passé le sourire que me provoque cette surprise nous discutons. Il me suit dans mon tabagisme. Ainsi que quelques autres autour. Il faut peu de choses pour que les règles de civilités se brisent. De même qu’à un feu la plupart des gens suivent la première personne traversant, il suffit qu’une personne fasse le premier pas pour que les autres laissent libre cours à leur envie.

Le concert se finit. Des caméras de télé attendent dehors. Certains poussent les hurlements que les journalistes en mal de clichés attendent. Fébriles ces prostituées de Narcisse attendront avec une curiosité mêlée d’excitation de savoir s’ils apparaissent à la télé le lendemain.

Le quart d’heure de gloire Warholien; “Fifteen minutes of fame”. Manson parlait de “fifteen miutes of shame”. Ça me semble plus juste.

Retour en RER. Quasiment tous les sièges sont vides. Je m’assois dans un carré. Seul. Un homme vient faire de même en face de moi alors qu’il y a de la place partout ailleurs.

Le train s’arrête entre deux stations. L’homme engage la discussion avec moi. Au bout de deux minutes je l’interromps :

” – Je sens que cette discussion va partir en couille …
- Pourquoi ?
- D’habitude les gens se haïssent et feront tout pour éviter de se parler. Toi, alors que tu avais toute la place, tu es venu juste en face de moi. Et ta manière de parler … Tu es gay ?
- Je traine parfois avec des amis gay, oui. Pourquoi, tu as quelque chose contre ca ?
- Tant qu’ils en veulent pas à mon cul, je m’en fous.
- Pourquoi, tu as déja eu des expériences avec des gays ?
- Heu, je le suis pas, donc non. Bon, alors, tu es gay ou non ?
- C’est étonnant cette manière de vouloir me voir gay. Tu refoules peut être une partie de toi que tu préfère mettre sur moi.”

Naïf comme une pute sur le retour, ses ficelles paraissent grossières et me font sourire. Il tente de commencer un travail de sape, espérant révéler l’homosexualité latente que certains ont en eux.

” – Oh mon dieu, tu as raison, je projettes sur toi ! Je suis gay ! Non mais sérieux … Bon tu veux toujours pas me dire que tu es gay, donc.
– Je dirais que je suis gay quand tu avoueras que tu l’es.
- Donc tu ne le diras pas !
- Tu es en train de me dire que tu es gay, donc ?”

A cet instant je le trouve habile. M’habituer aux dénégations. Une fois. Deux fois. Puis me mettre dans une situation rappelant la dénégation en y incluant un autre sens.

“- Non, que je suis gentil et te fais le plaisir d’aller là où tu m’amènes. Ah, non, pardon, reprenons : Mon dieu, je suis gay en fait !?! Bon, par contre là, ca va être à toi de nourrir ce terrible doute qui nait sur ma sexualité hein !”

Coincé dans un tunnel sombre avec un gay. Si son rentre dedans ne m’avait pas un peu gêné, la métaphore m’aurait faite rire. Il ne répond pas.

” – Nan, rien finalement ?
- Tu ne parles pas beaucoup. Pose moi des questions.
– C’est quoi le dernier bouquin que tu as lu ?
- Ah je ne suis pas un lecteur moi. Je préfère les informations, télévisées. Parfois je lis le métro pour m’occuper dans le RER.
- Ouais, en somme tu n’en as rien foutre des infos, ca t’occupe juste. Métro, c’est un torche cul qui reprend des dépêches AFP. Aucun esprit d’analyse dedans.
- Dit moi, tu étais malheureux dans ta jeunesse pour réagir comme ca ? Tu étais renfermé, tu te sentais différents des autres ?”

Le serpent est de retour. Je connais peu de gens qui peuvent se targuer d’avoir eu une jeunesse heureuse. Poser cette question revient à tomber juste la plupart du temps.

” – Comme tout à chacun, oui.
- C’était du à ta timidité, celle que tu as toujours ?
- Je ne suis pas un timide. Enfin, je ne suis plus.”

S’il tombe juste, je lui donne les infos. Pour voir jusqu’où il peut pousser.

Il n’aura pas poussé plus loin. Le RER repart finalement, et il descend à la station d’après, voyant qu’il ne pouvait rien tirer de moi, et encore moins me tirer. Non sans me glisser sur le départ :

“- J’espère que ca t’aura un peu excité tout ca.
- Non, mais ca m’aura fait rire, oui.
- Maintenant tu penseras à moi quand tu prendras cette ligne.”

Oui, au moins le temps où j’écrirais les lignes pour relater l’anecdote …

10 septembre 2009

Noblesse et pauvreté

Publié dans Fragments de Chaos refroidis à 21 h 11 mi par oxymore1202

Qu’est ce que que la noblesse ?

La noblesse, c’est de ne pas laisser nos manques, ces égouts qui nous fondent, diriger nos comportements.

Dialogue de sourds

Publié dans Fragments de Chaos refroidis, Non classé à 20 h 37 mi par oxymore1202

“Une fois tes illusions disparues, il te restera la vérité” dit l’idealiste.
“Une fois mes illusions perdues, il ne restera que l’amertume de ces édens disparus” répond le désillusioné
L’idealiste rit de ce souffrant accroché a ses songes tandis que le désillusionné se dit que son interlocuteur n’a pas vécu.

Moi, cet inconnu.

Publié dans Fragments de Chaos refroidis à 20 h 24 mi par oxymore1202

Ce qui fait notre spécificité nous est toujours si naturel qu’il nous est quasiment inconnu.

C’est le drame de ceux qui se cherchent, de désespérer de ne pas se connaitre, tant ils sont happés par leur spontanéité.

31 août 2009

Damné

Publié dans Fragments de Chaos refroidis à 8 h 43 mi par oxymore1202

Possedé par une crainte viscérale, l’analyse etait la seule manière qu’il avait trouvé pour négocier sa place au sein du monde.

Dans un monde hostile et dénué d’empathie, il faut tuer ses sentiments ou périr. Il n’y a de place que pour la stratégie les masques. Impératif de survie, cette vision blessée de la vie était sa damnation.

Il était de la race maudite de ces grands dont la structure meme qui fondait leur génie les condamnait au malheur. Sa force n’était que sa fragilité.

Seul un oeil triste laissait apercevoir l’ineluctable fatalité qui dirigeait son destin.

Quels expédients restent t’ils quand le bonheur est réduit a un rêve condamné ?

29 août 2009

Censure

Publié dans Fragments de Chaos refroidis à 6 h 36 mi par oxymore1202

Il est des livres qu’on s’empêche de lire : les larmes nous brouillent trop la vue pour.

4 août 2009

Aveu discret

Publié dans Fragments de Chaos refroidis à 8 h 45 mi par oxymore1202

Notre vision du monde en dit plus sur nous que sur le monde

2 août 2009

Decharge moi de mon secret !

Publié dans Fragments de Chaos refroidis à 23 h 37 mi par oxymore1202

La sincérité n’est parfois que l’apparat de la lâcheté.

31 juillet 2009

Apprentissage

Publié dans Fragments de Chaos refroidis à 11 h 51 mi par oxymore1202

Si, à l’école on apprenait a lire les gens plutôt que des livres, l’amour de la littérature viendrait de lui même.

Ce feu intarrissable

Publié dans Fragments de Chaos refroidis à 8 h 10 mi par oxymore1202

Il faut avoir une tendance à l’obsession pour faire un bon spécialiste.
Etre un peu malheureux dans le reste de sa vie aide aussi.

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