25 mai 2010
Ô sens, suspends ton envol
Assis sur un banc, Sebastien laisse son regard errer.
Un barman passe, caresse la tête d’une enfant. Tout à sa joie, celle ci lui dit qu’on va lui mettre de la crème sur son genou, qu’elle se l’est abimée mais qu’elle n’a pas pleuré. Le serveur lui répond qu’elle est une grande fille.
“C’est amusant, il règne presque une atmosphère des villages d’antan” se dit Sébastien qui ne connaissait que les grandes villes.
Dans ces instants, la liberté de flâner, de laisser happer son regard au gré des hasards lui paraissait toujours un des biens les plus précieux que la vie puisse accorder.
Cest alors qu’il aperçoit un vieillard. Il porte une veste de tweed malgré la chaleur. Ses vêtements lui donnent un air de relique de musée. Sébastien s’attendrait presque à entendre au loin les pétarades des anciennes auto.
Le vieillard marche lentement, claudique, s’appuyant sur une canne au bois sculpté, comme pris d’un inusable désir de majesté en dépit du temps qui le ronge. Ses cheveux l’ont fui, eux.
Sébastien le regarde s’arrêter devant une poubelle. Aux pieds de celle ci gisent deux sacs poubelle pleins et un sac en plastique vide. L’ancêtre les contemple un instant puis il frappe les sacs avec sa canne, comme pour sonder leurs contenus. Il tente de passer sa canne dans la anse du plastique, s’y reprend plusieurs fois puis finit par y arriver. A aucun instant il n’a daigné de baisser, conservant les dernières miettes de sa dignité.
Il roule alors son trophée en boule, le met dans sa poche et reprend sa route.
L’absurdité du geste laisse Sébastien rêveur. Il se prend à imaginer la misère dans laquelle vit cet homme, mais se rend vite compte de la pauvreté de cette possibilité. Il l’imagine névrosé, sorte de Sisyphe moderne, se condamnant à ramasser les sacs oubliés. Puis il s’arrête de penser. Les hypothèses ne lui paraissent à cet instant q’une épée de Damoclès suspendues au dessus l’instant, comme si aucune explication ne pouvait approcher le charme de l’absence de sens.