31 mai 2010

Ivresse

Publié dans Non classé à 20 08 30 0530 par oxymore1202

Envie d’introduire ce qui va suivre.

Je suis bourré de Lacan ces temps ci. Y compris de sa théorie disant que le signifiant prime sur le signifié. Par amusement, j’ai voulu jouer dessus, tordant les sonorités pour arriver à des sens différents. C’est une piètre réussite, mais j’en sors déjà abruti, et avec ma soirée écoulée. Et j’aime bien, malgré tout.

C’est un épisode des Simpsons qui m’a donné envie de l’exercice.

J’y retoucherais surement un jour.

Ivresse du vide, les mots sont vains.
Pareils qu’à une missive à la mort
Où on la supplierait par peur, de toujours nous oublier.
Les lamentations ressemblent à une armure
S’épanouissant dans cette agonie solitaire.
Hélas, sans espoir pour l’avenir
Tant tout est de givre dans cet enfer.

Ivresse avide, les mots sont vin.
Parcelles de vie qui se remémorent,
En soupirant de peur d’un jour les oublier.
L’âme sans tension rassemble un amour
S’épanouissant dans cette agapè solitaire.
Se prélassant le soir des jours à venir
Tant il y a à vivre et à faire.

27 mai 2010

Histoire de vase et d’eau

Publié dans Non classé à 18 06 21 0521 par oxymore1202

” – Mais c’est fou. Tu passes ton temps à te plaindre.
– Le jour où j’arrêterais de me plaindre, c’est que je serais mort. C’est dans ma nature.”

Pour ne pas avoir à regarder son malheur en face, reste l’invocation de la fatalité. C’est comme ça, haussons les épaules. A force d’ignorer ses frustrations, on peut finir par croire qu’elles n’existent pas.
C’est une défense utile : elle permet d’éviter l’abîme de la responsabilité dans son mal être. Manière de se défiler à peu de frais quand on a trop peur du prix de ses désirs.
Mais au final tout se paye et on se plaint en permanence. Faute de savoir pourquoi, c’est l’entourage qui devra le supporter. Sans toujours percevoir ce dont il s’agit.

Une vie qui passe à coté d’elle même. Aveugle.

Mais à trop faire porter le raté de sa vie aux autres, ils finissent par fuir, au détour d’une énième plainte. La goutte d’eau qui fait déborder la vase.

Il est des personnes dont il faut souhaiter le malheur. Par charité.

Plus la souffrance s’aiguise, plus on est porté à réfléchir. Pour la faire cesser. Alors, enfin, peut être qu’on sera amené à s’interroger sur la débâcle de sa vie. Et changer. Le malheur est parfois la meilleure chose qui puisse arriver à une personne.

25 mai 2010

Ô sens, suspends ton envol

Publié dans Non classé à 20 08 45 0545 par oxymore1202

Assis sur un banc, Sebastien laisse son regard errer.

Un barman passe, caresse la tête d’une enfant. Tout à sa joie, celle ci lui dit qu’on va lui mettre de la crème sur son genou, qu’elle se l’est abimée mais qu’elle n’a pas pleuré. Le serveur lui répond qu’elle est une grande fille.
“C’est amusant, il règne presque une atmosphère des villages d’antan” se dit Sébastien qui ne connaissait que les grandes villes.

Dans ces instants, la liberté de flâner, de laisser happer son regard au gré des hasards lui paraissait toujours un des biens les plus précieux que la vie puisse accorder.

Cest alors qu’il aperçoit un vieillard. Il porte une veste de tweed malgré la chaleur. Ses vêtements lui donnent un air de relique de musée. Sébastien s’attendrait presque à entendre au loin les pétarades des anciennes auto.

Le vieillard marche lentement, claudique, s’appuyant sur une canne au bois sculpté, comme pris d’un inusable désir de majesté en dépit du temps qui le ronge. Ses cheveux l’ont fui, eux.

Sébastien le regarde s’arrêter devant une poubelle. Aux pieds de celle ci gisent deux sacs poubelle pleins et un sac en plastique vide. L’ancêtre les contemple un instant puis il frappe les sacs avec sa canne, comme pour sonder leurs contenus. Il tente de passer sa canne dans la anse du plastique, s’y reprend plusieurs fois puis finit par y arriver. A aucun instant il n’a daigné de baisser, conservant les dernières miettes de sa dignité.

Il roule alors son trophée en boule, le met dans sa poche et reprend sa route.

L’absurdité du geste laisse Sébastien rêveur. Il se prend à imaginer la misère dans laquelle vit cet homme, mais se rend vite compte de la pauvreté de cette possibilité. Il l’imagine névrosé, sorte de Sisyphe moderne, se condamnant à ramasser les sacs oubliés. Puis il s’arrête de penser. Les hypothèses ne lui paraissent à cet instant q’une épée de Damoclès suspendues au dessus l’instant, comme si aucune explication ne pouvait approcher le charme de l’absence de sens.

2 mai 2010

Un ticket pour la plage !

Publié dans Non classé à 23 11 31 0531 par oxymore1202

Le miroir brisé est posé contre une fenêtre. Brisée, elle aussi. Comme une harmonie involontaire.

Elle se maquille devant.

” – Quoi ? C’est l’endroit avec le meilleur éclairage ! N’importe quelle fille te le dirait. Tu es juste pas habitué, c’est tout.”

Habituée à la vétusté des lieux, elle ne s’en rend même plus compte.

Je suis assis sur un débris de béton. Tout est tellement décalé, hors norme, contre les normes que j’en viens à imaginer que même ce bout de béton s’est engueulé avec le mur, a voulu prendre son indépendance pour venir s’échouer sous mon cul.

On m’appelle.

” – Putain, je me sens comme une descente d’exta que j’ai pas pris.”

Un ami. Une crise.

” – Je sais pas comment je pourrais te décrire mon état. Je me sens comme un putain de paradoxe vivant; Un soleil noir qui … “

Je gratte le bloc de béton, l’effrite. La poussière sur le sol me donne envie d’écrire des mots dessus.

- … serait une éclipse de conscience.”

L’atmosphère est si étrange que je m’attends presque à voir surgir un taré en camisole, avec une seringue entre les dents.

Ou une grand mère criant qu’elle a gagné au bingo, un serpent en guise d’écharpe.

Deux heures plus tôt, j’assistais à un déballage de gods accompagnés de commentaires enthousiastes. ” J’aime bien la texture de celui là !” “Mais il est pas un peu gros quand même ?” Quand une a parlé d’aller aux toilettes je me suis demandé si elle n’allait pas en voler un, et par extension, si elle marcherait comme un cowboy en repartant.

Reines de leur plaisir, un god en guise de sceptre royal à la main, des boules de geisha en guise de couronne.

” – Je te fais membre de l’ordre du vibromasseur, met toi à genoux pour recevoir ton sacrement.”

Mon amie fait la moue pour passer son rouge à lèvres. Le téléphone me dit ” Putain, ca me fait vraiment plaisir d’avoir quelqu’un à qui parler là !” Mon siège de béton continue de recouvrir le sol de sa poussière.

A cet instant, la question n’est pas de savoir si l’on peut encaisser la folie du monde, pas plus que de savoir si on la recherche pour nourrir ses propres démons. Non, la seule question serait plutôt : “A quelle est le prochain train pour la plage ?”

Rassuré sur ses angoisses, le téléphone se tait. Rassurée sur sa beauté, mon amie met son manteau. Rassuré sur un ailleurs paisible, je met le mien. La porte claque.

Certains passent bien leur soirée sur chatroulette …

21 avril 2010

Publié dans Non classé à 10 10 53 0453 par oxymore1202

Perfusion d’encre.

Des nouvelles lectures, on extrait l’encre, on se l’injecte, l’y mélange au sang. Les tempes battent une mesure folle, la tension évacue le sommeil. Les veines deviennent noires, comme pour s’écrire à même le corps.

Infusion de concepts.

Regarde. Des portions d’une carte se dessine d’une encre presque effacée, comme s’il avait fallu choisir ce qu’on allait imprimer dans la chair. Milles annotations griffonnées pour le seul usage de l’architecte rendent à l’inconnu des pans de ce que devait dévoiler le plan.

Confusion des pensées.

Voici tout ce que tu dois explorer. Ruelles sombres aux odeurs enivrantes, boulevards fêlés, du bitume au bâtiment. Des gravats s’accumulent au pied d’arbres décharnés, comme s’ils voulaient se faire passer pour leurs fruits abâtardis.

Effusion de l’angoisse.

Toutes les pâles promesses du plan sont comme hantés par les dangers que l’imagination suppose à l’inconnu. Un craquement est un rôdeur indiscret.
Les lieux ne semblent jamais pouvoir se rendre au calme d’un chez soi. Une angoisse indéfinie se veut l’ombre de chaque mouvement.
Les yeux finissent dans le vide, seul lit précaire où ils trouvent le repos.

Entre ces instants, il s’agit de marcher, de découvrir.

30 mars 2010

La surface de la folie

Publié dans Non classé à 21 09 56 0356 par oxymore1202

Au sortir du tabac, il ouvrit son paquet et s’alluma une cigarette. Puis le rangeant, l’inscription “Fumer tue” passa devant ses yeux. Des poumons noirs de goudrons se mélangeaient dans sa tête aux voix rauques de ces personnes ayant un trou dans la gorge. Il se mit à tousser et repensa à ses amis qui lui disaient qu’il valait mieux arrêter de fumer. Pour son bien.
” Ils ont raison, pour ma santé je devrais stopper ca.”
Puis il inspira une bouffée.

Une femme avançait dans sa direction. Le tissu de sa robe flottait de droite à gauche au gré de ses hanches pendant que le léger mouvement de ses seins laissait rêveur sur son absence de soutien gorge. Un instant, il la désira, se demandant la tête qu’elle pouvait avoir au moment de jouir. Puis il se souvint des discours des féministes déplorant le regard des hommes, jugeant uniquement sur le physique. Il eu un pincement au coeur. Il aurait sincèrement aimé pouvoir les juger sur autre chose, que son désir ne soit pas bestial. Il s’en voulait de les faire souffrir par sa nature même. A travers ses souvenirs, l’époque avait raison de le rappeler a l’ordre tant cette attitude avait causé de douleurs par le passé. “Un jour arrivera un monde où le désir sera doux et le monde en sera plus heureux.” se dit il. Il était un peu effrayé par son désir, presque joyeux de sa culpabilité, un indice plein d’espoir de l’arrivée de ce changement des mentalités.

Sa cigarette finie, il la jeta au sol. Des images de monceaux de détritus rendant le trottoir impraticable s’imposèrent devant ses yeux. Il contempla le mégot et se rappela qu’il faudrait dix ans pour que la nature le détruise. Il le ramassa, se disant qu’il était un bon citoyen, que par ses petits gestes, il laissait une chance de vie meilleure aux enfants qu’il aurait un jour.

Il avait faim. En voyant un restaurant, il eut envie d’une bavette saignante. Puis il pensa au ventre qu’il n’avait pas et se dit qu’il ferait mieux de prendre une salade. Il se voyait déjà dans la salle d’attente du médecin à regarder les affiches sur les risques de maladies sexuelles et autres diabètes en attendant les résultats mensuels de son taux de cholestérol, avec la même anxiété que les résultats des contrôles de son enfance. Finalement il prendrait un fruit. La viande, ça serait presque malsain. L’espace d’un instant, il se dit que la nature lui en voulait presque, à le tenter avec toutes ces mauvaises choses. Puis il repensa à la salle de sport à coté de chez lui. Le confort de la vie moderne lui permettait de faire disparaitre ce gras que nos corps inadaptés stockaient comme les décharges les détritus. Il fallait vraiment qu’il aille s’inscrire !

Il vit devant lui une pub pour un téléphone pouvant aller sur internet. “Restez connecté au monde en permanence.” disait le slogan. S’il avait les moyens, il s’en payerait un. Comme ça il ne s’ennuierait pendant ces longues heures de métro où les gens ne sont qu’apathie et indifference. Il pourrait rigoler avec ses amis sur Facebook. Et il rajouterait même la boite mail du bureau. Son patron apprécierait de pouvoir le joindre n’importe quand. Il avait lu un article sur la gestion de carrière dans un magazine. Il s’appelait ” Donnez et vous recevrez”. Puis il pensa aux soirs où il faisait la fête et à l’idée qu’il pourrait être joint pendant ces instants où le contrôle de lui même lui faisait un peu défaut. ” Votre carrière sera bâtie sur les efforts que vous fournirez. Votre employeur les remarquera et vous fera davantage confiance. Ainsi vous deviendrez à ses yeux un homme fiable et quelle entreprise n’a pas avidement besoin de gens fiables ?” Oui, l’article avait raison, ca serait un petit sacrifice. Non, pas un sacrifice, se reprit il, mais des pierres dans l’édifice de sa vie professionnelle.
Oui, ce téléphone lui rendrait la vie bien plus agréable. Le progrès permettait vraiment tout un tas de miracles quotidiens qu’on ne savait plus voir.

7 mars 2010

Quand la réalité voit double

Publié dans Non classé à 20 08 24 0324 par oxymore1202

Sortie d’un magasin à l’agencement aussi rationnel qu’une clinique. Dans ces lieux, tout annonce la surconsommation comme un impératif de survie. On n’y éloigne pas les bactéries, mais ce qui distrait de l’achat, tout le reste de l’humain n’est qu’infection potentielle.
“Je m’ouvrirais bien les veines pour donner un peu de couleur à l’endroit.”
Depuis deux semaines, l’euphorie et la dépression marchent main dans la main dans mon crane, avec l’harmonie d’un couple mal assorti.
Dans mon sac, de la bière, des friandises et une salade.
Les propos d’une amie me reviennent en mémoire. “Moi, quand je mange un repas lourd, allez, on va dire une choucroute, après je prend une clémentine. Elle fait parfaitement digérer la mauvaise conscience. Essaye tu verras.”
Ce soir, je ferais l’inverse. Une salade puis de la merde.
Depuis deux semaines j’ai l’impression d’avancer. De manière diffuse, comme on entendrait des mouvements que la brume nous empêcherait d’apercevoir. Un parfum de sérénité se dégage des replis de l’invisible.
Je me dis que la salade suivi du reste aura peut être l’effet inverse : digérer la bonne conscience. Je souris à cette pensée. L’angoisse roderait presque quand je vais bien. C’est à se sentir projeté hors de la fraternité humaine, plus ivre que sous alcool.
La musique vissée dans mes oreilles me met dans une légère transe. Je me roule une clope et sors une canette du sac . Sans attendre d’avoir rejoint mes amis. “Non mais c’est parce que c’était trop lourd à porter.”, m’entends je penser, tournant en ridicule une culpabilité absurde qui voudrait se faire passer pour de la solidarité.
Trois doigts pour tenir la canette. Les deux restants pour la cigarette. Me voilà paré à boire et fumer dans un même geste. Je me dirige vers la soirée, sautillant et joyeux, me faisant l’effet d’un bon vivant.
Trois femmes viennent me demander leur chemin. Je leur indique, discute avec celle qui m’a adressé la parole des bonnes adresses jonchant la rue. Les deux autres se tiennent en retrait. Dans leur regard, l’image de bon vivant se superpose à celle d’un errant potentiellement ivre. La réalité se met à voir double sous l’effet de l’alcool.
Je souhaite bonne journée à la plus affable, ignore les deux autres tout en continuant à sautiller. La vie est trop courte pour ce genre de détails.

4 mars 2010

Alice

Publié dans Non classé à 22 10 16 0316 par oxymore1202

« – Montrez moi votre réservation. »
Il avait un cigare qui lui enfumait le visage. On distinguait à peine ses yeux et son large front, comme s’il voulait se faire passer pour un dragon. Mais la casquette qu’il portait lui rendait un air civilisé.
Elle tendit son ticket au scarabée. Il y jeta un œil rapide puis lui rendit.
« – Vous pouvez entrer, mademoiselle Alice » lui dit il. « Bienvenue à la maison du thé. »
Il plaqua trois de ses bras contre la porte et l’ouvrit, tandis que deux de ses autres bras s’inclinèrent, faisant signe d’entrer à Alice. Elle s’y attela, contente d’être enfin arrivée.
Son voyage n’avait pas été de tout repos. L’agence lui avait assuré qu’elle en avait pour 10 minutes à vol d’oiseau. Mais le pigeon qu’on lui avait affrété était très mal dressé. Certes, elle avait été ravie quand il avait noué deux de ses plumes pour lui en faire un dossier. Mais dès les premières minutes de vol, elle avait compris qu’il serait plus que nécessaire. Dès que le pigeon apercevait un ver, il piquait dessus et le becquetait. Elle revit les images, quand il gobait le ver, le coupant en deux, avalant une partie pendant que l’autre se dandinait sur le sol. Rien que d’y repenser, le dégout lui montait au visage. A chaque fin de repas il avait oublié le plan de vol. Et parfois jusqu’à son nom même. Alors Alice était obligée de lui donner quelques grains de blé pour attirer son attention et lui expliquer de nouveau les détails.
En dehors de ca, le voyage avait été agréable. Le vent était frais et avait décoiffé agréablement ses cheveux. Elle en était encore toute ébouriffée. Un instant, elle avait même cru voir les étoiles s’aligner, comme si le ciel voulait lui adresser un sourire. Mais un instant seulement, après cet idiot de pigeon avait plongé pour un de ses nombreux arrêts.
Le premier souvenir qu’elle garderait de cet établissement était le reflet presque aveuglant du soleil dans les rangées de fourchettes qui ceinturaient la propriété. Celui-ci aussi avait pris une teinte mordorée et ressemblait à la photo vantant les mérites du centre dans les prospectus.
Oui, rien que pour le voyage, elle était contente d’avoir économisé sur ses bonbons. Même quand les autres enfants la narguaient en sortant joyeux de la boulangerie. Et maintenant elle était arrivée et allait pouvoir se prélasser.
Devant elle, il y avait une table dont les pieds étaient en allumettes et le corps en carton. Autour des champignons servaient de sièges. Sur sa gauche, elle aperçu une fourmi, la réceptionniste surement. Ses paupières étaient pleines d’un bleu ciel et chacune de ses huit mains était gantée, ce qui devait lui couter cher, se dit Alice. L’insecte tenait un porte cigarette dans une et semblait plongé dans un livre. Alice se racla la gorge pour montrer sa présence.
« Bonjour mon sucre roux » lui dit la fourmi, levant enfin la tête. C’était la première fois qu’on l’appelait comme ca. « C’est bien comme surnom. Le sucre roux, c’est le meilleur pour la santé » se dit elle sans penser une seconde à la couleur de ses cheveux. Déjà elle aimait bien l’endroit.
« Bonjour Madame. J’ai réservé pour …
Oui, oui oui. » l’interrompit la fourmi, se levant de sa chaise et commençant à agiter tous ses bras dans autant de sens. « Dites moi plutôt quel est votre thé préféré, nous n’avons ici que du temps pour la détente. L’administration on la laisse en entrant. » Alice avait presque le tournis à la regarder trépigner de la sorte. Ses bras faisaient presque un vent frais à force de bouger. « Peut être qu’elle va réussir à se faire des nœuds. » se moqua intérieurement Alice.
« Donc, dites moi quel est votre thé préféré ?
Ah » fit Alice qui s’emmêlait l’imagination et la réalité comme la fourmi ses bras. Enfin, en imagination. « Je ne sais pas, qu’est ce que vous me conseillez ?
Notre spécialité : le thé de la Reine. Vous vous y sentirez comme un poisson dans l’eau.
Très bien, essayons. » lança Alice, soulagée.

« C’est étrange comme nom de thé » se dit Alice. Et déjà elle imaginait une armée de fourmis infiltrant le château de la Reine. Alors qu’ils en étaient à creuser des galeries pour accéder aux cuisines royales en chantant pour se donner du courage, elle s’interrompit. « Non non, taisez vous, sinon la réceptionniste va encore être agacée que je sois ailleurs. » leur dit elle. Enfin, se dit elle.
« Dites moi » reprit elle « vous avez d’autres moyens de transports que les pigeons voyageurs ? Je n’ai pas tellement envie de rentrer avec l’un d’eux, ils sont vraiment trop instables. »
Instable n’était pas le bon mot, la mère d’Alice l’aurait reprise. Elle le savait mais fit comme si de rien n’était.
« Il y a peu, nous avions aussi des corbeaux, mais on a finit par se rendre compte que les clients trouvaient leurs coassements lugubres. Ils les déprimaient, alors on a rompu notre contrat avec eux. On est en négociations avec les mouettes mais pour l’instant elles demandent trop cher en poissons. Mais excusez moi, je vous raconte notre cuisine, je me laisse emporter par mon bavardage. Vous n’êtes pas là pour ca. Non, malheureusement, nous n’avons qu’eux pour le moment.”
Alice serrait son sac de blé, espérant qu’il lui reste assez de grains pour le retour, si elle tombait encore sur un écervelé, quand une sonnerie retentit.
« Venez mon sucre d’or, le thé est prêt. Voici Tysus, c’est lui qui vous y amènera. »
Elle pointa la porte. Il y avait un scarabée. Alice n’aurait pu dire s’il s’agissait du même. « Ils ne m’en voudront pas, je ne suis pas experte en scarabées après tout … On devrait avoir des cours à l’école, on serait mieux préparés pour la vie. » Elle s’imaginait en classe, la barbe grisatre du professeur Duclos s’agitant « Il existe plusieurs sortes de … » Non non non, restons concentrée ! » se dit elle. « Après on va encore me reprocher d’être tout le temps dans la lune »
« … Scarabées. Les uns préfèrent le cigare et aiment jouer aux cartes tandis que … » La voix de Monsieur Duclos résonnait encore.
« Mademoiselle, si vous voulez bien suivre Tysus.
Oh, oui, pardon, j’y vais. »
Elle s’approcha du scarabée. Il ne portait pas de cigare et avait une casquette différente de celui à l’entrée. Malgré son inexpertise, elle s’angoissait. « Est ce que je dois le saluer ? Mais il va m’en vouloir si c’est celui de l’entrée et que je ne l’ai pas reconnu. Et si s’en est un autre et que je ne lui dis pas bonjour, il va se vexer et croire que je suis malpolie … »
Finalement, elle s’approcha de lui et dit simplement « me voilà » d’un ton chantant, parce qu’elle savait qu’on pardonnait plus facilement aux gens joyeux. Ca marchait toujours avec sa mère.
« Si mademoiselle veut bien me suivre. » dit il en s’avançant. Ils entrèrent dans une nouvelle pièce. Le long des murs blancs, on pouvait voir des rangées de roseaux. Le scarabée en saisit un et le tendit vers elle. Il était creux et empli d‘eau. »Avant de penser dans la salle du thé, il faut que vous vous laviez. »
Alice se demandait comment elle devait réagir. Une jeune fille convenable ne se serait pas déshabillée en présence de quelqu’un. Mais un scarabée ? C’était presque comme devant sa chatte Dina.
« Vous prenez un roseau et vous vous le versez dessus. Les serviettes sont là. Appelez-moi quand vous aurez fini. » Puis il sortit.
« Finalement il savent traiter les dames. Si ca n’était pas un scarabée, il ferait un parfait gentleman. » Pensa Alice tout en se déshabillant. Puis elle pris un roseau et commença à se le verser sur elle. « Je veux bien que le thé soit une chose sacrée » se dit-elle « Mais aller jusqu’à se laver avant, ils en font beaucoup tout de même. Bah, se laver après un voyage comme j’ai fait me fait du bien, après tout. » L’eau était à une température idéale. Alice frissonna de plaisir. Elle se nettoya puis s’en versa un autre dessus pour se rincer. Elle pensa à se rhabiller « Je reprendrais bien un peu de cette eau. Elle est à si bonne température. Mais j’ai déjà pris ce qui m’était nécessaire.» Elle hésita, regarda autour d’elle puis reprit un troisième roseau. Cette fois ci elle frissonna par plaisir de la transgression autant qu’à cause de la température.
Finalement, elle passa une des serviettes dont elle ne pouvait définir la matière autour d’elle et appela Tysus. Il apparut, emplissant le cadre de la porte.
« Il semble que Madame soit prête. Si vous voulez bien me suivre, nous allons passer à la salle aux thés. »
Ils entrèrent et Alice fut bouche bée. Devant chaque mur était posés des bocaux, avec un nom différent sur chacun. Ceylan, fruits rouges, thé fumé, opium. Il y en avait de toutes sortes ! Et ils étaient tous plus grands qu’elle ! Au centre de la pièce trônait une tasse qui lui arrivait au menton et qui exhalait un parfum qui semblait changer à chaque seconde. Cassis, menthe. « C’est extraordinaire » se dit Alice, admirative. Juste au dessus de la coupe planait un nuage.
« Votre thé de la Reine et son nuage de lait.
Mais … Si je veux du lait dans mon thé, comment je fais ?
Vous savez, nous n’utilisons que des produits naturels, mademoiselle. Alors ils sont parfois un peu sauvages. Le nuage en l’occurrence agit selon son bon vouloir. »
Alice était embêtée, elle aurait préféré baigner dans un thé au lait. « Maman dit toujours que le lait est bon pour la peau. Mais elle me dirait aussi que c’est bien fait pour moi, que ca m’apprendra à ne pas me renseigner. » A cette idée, elle revit l’air supérieur que prenait sa mère quand elle la sermonnait et son agacement se teinta de colère. « Allez oublions maman, je suis ici pour me détendre. » pensa t’elle. Mais malgré tout, l’image flottait dans son esprit.
« Si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit, faites tinter la cuillère contre la tasse et je viendrais. Je suis à votre entière disposition. » Ces mots prononcés, il sortit sans fermer la porte. Elle le vit se rapprocher de l’entrée, arracher une des allumettes qui servait de pied et la racler contre la table. Une flamme en jaillit. Puis il sortit un cigare de sous sa casquette et l’alluma. Pour autant qu’elle pu reconnaitre la joie chez un scarabée, elle vit son visage s’illuminer. « Mais c’est peut être l’effet de la flamme. » pensa t’elle, soupçonneuse. Elle le vit faire quelques ronds de fumée. « Il faudrait que j’apprenne à faire ca ! » admirait elle et toute à sa joie, elle applaudit.
Entendant le bruit, l’insecte tourna le regard dans sa direction et se rendit compte qu’il avait oublié de fermer la porte. Il s’en rapprocha.
« Mes excuses mademoiselle, dans ma précipitation, j’ai oublié de vous rendre votre intimité. Vous n’avez besoin de rien ? » S’excusa t’il.
« Non non, tout est parfait.
Je m’excuse encore. Profitez bien de votre thé. »
Cette fois ci, il ferma la porte. «On demande des excuses, on ne les impose pas. Il n’est donc pas si gentleman que ca. Il est si horrible en même temps, ca n’est pas étonnant. » persiffla t’elle.
Elle contempla la cuillère qui était aussi grosse qu’elle. « J’espère que je n’aurais besoin de rien, ca doit être difficile à soulever. » continua t’elle de s’agacer.
Puis elle enleva sa serviette et mis un doigt de pied dans la tasse. « C’est parfait. » Elle sauta alors dans la tasse, éclaboussant le sol en riant. Une fois complètement immergée, elle prit sa respiration et mis sa tête sous le thé. Elle en avalait quelques petites gorgées. Fraise, citron, des gouts qu’elle ne connaissait pas. Comme l’odeur, le gout changeait. L’espace d’une seconde, elle se rappela les madeleines que lui servait toujours sa grand-mère quand elle allait boire le thé chez elle. Elle ressortit la tête du thé et s’allongea, se laissant aller à son souvenir.
« Il faut se méfier du thé. Parfois il y a au fond des sables mouvants qui emportent les gens loin d’eux même. »
Alice sursauta. Elle releva les cheveux qu’elle avait sur le visage et regarda autour d’elle. La pièce était sombre, elle n’arrivait pas à savoir d’où provenait la voix.
« Ou parfois, ils attendent que vous soyez dedans, confortablement installé et ils allument le feu. Et hop, vous voilà transformée en garniture. »
Alice n’arrivait toujours pas à discerner d’où surgissait ces propos menaçants. Pour montrer qu’elle ne se laissait pas impressionner, elle décida de répondre.
« J’ai mis les pieds au fond et il y a juste de la porcelaine. Et en dessous, il n’y a que le sol. Ce que vous racontez n’est pas logique. »
Elle espérait moucher la voix.
« Voyons, la logique ne sert qu’aux fous. Vous devriez savoir ca.»
Alice ne savait pas si elle devait être impressionnée par cette phrase qu’elle ne comprenait pas ou simplement s’en moquer. Elle prit sa serviette et décida d’explorer la pièce pour regarder dans les yeux cette voix qui disait des choses étranges. Au moment où elle passa sa serviette autour de son corps, elle entendit un choc suivi d’un « Aie ».
Elle se précipita dans la direction du bruit et aperçu au milieu de la pénombre une petite fourmi allongée sur le sol. Elle avait deux de ses mains sur son crane. Elle l’aida à se relever.
C’était une fourmi rouge, bien plus petite que la réceptionniste. Elle lui arrivait à peine à sa taille.
« C’est toi qui disait ces choses horribles ? » lui demanda t’elle.
« Oui, » lui répondait la petite fourmi. « Je m’ennuyais, alors pour passer le temps, je me suis dit que j’allais t’effrayer. C’est cet endroit, il me rend triste, il n’y a que des choses pour s’ennuyer. »
Alice regardait ce petit être étrange qui avait les yeux plongés vers le sol. « Il a surement honte de ce qu’il a fait » se dit Alice. « Dans le fond, c’est un bon petit. » Pendant un instant, elle pensa à sa mère qui disait à son père « Mais tu sais, tout ce qui est petit est mignon. » Peut être que sa mère avait aussi rencontrée des fourmis, même si elle en doutait. En tout cas, elle le trouvait mignon.
« Moi quand je m’ennuie, je parle avec ma chatte, Dina. Parfois je m’imagine que c’est un lion, alors je grimpe sur son dos et on saute par-dessus les grilles du jardin pour explorer le monde. Et quand des méchants indigènes m’ont capturés et veulent me marier à leur chef sanguinaire, Dina surgit et rugit et ils s’enfuient tous de peur ! D’autres fois je lis des livres. Tu n’as pas de livres ? Tu pourrais demander à la réceptionniste de t’en prêter un.
Elle n’a que des romans d’amour. Ca aussi ca m’ennuie. »
Alice renleva sa serviette sans se cacher parce que c’était un enfant et replongea dans son thé. Elle remarqua que le nuage n’avait pas plu et en fut agacée.
« Tu veux venir avec moi dans le thé ? » demanda t’elle. « Il prend pleins de gouts différents, tu vas aimer. Viens. » La fourmi se recula.
« Ah nan, après tout ce que j’ai imaginé, j’ai peur d’y aller maintenant. »
« Drôle de petit bonhomme » se dit Alice.
« Écoute, si tu veux, demain, quand je serais reposée, nous parlerons. Ca t’occupera. Ca te dit ? »L’enfant sauta de joie.
« Avec plaisir Madame » Alice se sentit flattée qu’on l’appelle Madame.
« Alors à demain matin. On se donne rendez vous à l’accueil.
A demain ! » entonna la petite fourmi. Puis elle sortit de la pièce.

A suivre. Ou pas.

Je crois qu’on peut le dire. J’ai envie de voir Alice aux pays des merveilles.

1 mars 2010

N’oubliez pas vos bagages

Publié dans Non classé à 1 01 05 0305 par oxymore1202

“Nous vous remercions d’avoir voyagé avec nous. Attention à ne pas oublier vos bagages en descendant.”

J’aurais bien aimé les laisser pourtant. C’est un vrai fardeau à porter les bagages émotionnels. La peur, l’angoisse et le désespoir en boule, au fond de sa valise, enfermés à double tour, rejoignant l’horizon sur les rails. C’était tentant. Au pire on trouve le nécessaire sur place, il y a toujours des promotions pour ce genre d’affaire.
Mais on avait déja du leur faire le coup. Peut être même qu’un enfant avait voulu jouer avec la valise et toute cette gravité lui était tombée dessus et l’avait assommé. A son réveil il était adulte et les contrôleurs avaient du le verbaliser pour ticket non valide.
Oui, ca avait du poser des problèmes. Alors maintenant ils passaient des annonces pour éviter que ca se reproduise.

A contrecœur, je descendais sans oublier mes bagages, ce qui leur donna un peu plus de poids. Pour me calmer, j’allumais une cigarette. Avec un peu de chance je disparaitrais dans les volutes de fumée.
“- Bonjour. Vous savez qu’il est interdit de fumer sur les quais monsieur.” me dit un homme avec un képi.
– Oui, excuse moi, c’est juste que j’étais angoissé par mes bagages.
– Monsieur, je vous vouvoies, alors ayez l’amabilité d’en faire de même.”
Il s’agrippait à la distance des mots. Sinon lui aussi la réalité l’aurait réveillé comme un mauvais rêve. Une complicité fraternelle me gagnait.
” – Je vais devoir vous verbaliser de 40 euros.
– Parce que je n’ai pas réussi à me cacher derrière la fumée ? C’est parce que je suis en plein air, c’est plus difficile. Vous êtes dur.
– Vous n’êtes pas en plein air. Vous êtes dans l’enceinte de la gare.”

Il se jouait si bien la comédie, avec une telle aisance que je n’osais pas imaginer le poids de ses bagages. J’étais admiratif, d’autant plus que les hauts parleurs devaient lui rappeler plusieurs fois par jour de ne pas les oublier.
” – Vous savez, c’est à cause de mes bagages que …
– Arrêtez de me parlez de vos bagages où je vous amène au poste pour qu’on les fouille.
– D’accord, ok. Évitons ca. Je vais vous payer.”

Il ne voulait pas tellement entendre parler d’angoisse, il en passait aux menaces. Je lui donnais les 40 euros, parce que j’ai toujours eu un faible pour les causes perdues. Même si la réalité finit toujours par nous rattraper, il fallait aller de l’avant et saluer l’effort.

Alors que j’allais partir, il me demanda de signer un papier. Il voulait un souvenir de moi. Cette demande était comme un clin d’oeil dans notre muette fraternité. Je l’ai fait de bonne grâce tant je savais que c’était réconfortant de se rappeler qu’on n’est pas seul dans cette sale affaire, l’être humain.

26 février 2010

Hommage à Ajar

Publié dans Pas de pillage, juste un hommage à 20 08 00 0200 par oxymore1202

Peut être qu’il faut la patience de la fatigue, mais moi quand j’aperçois la connerie, mes jambes s’enroulent autour du cou comme le veut le proverbe et alors je suis obligé de marcher sur les mains pour m’enfuir. C’est peut être pour ca que mes amis me disent que je marche sur la tête, parce qu’ils sont éloignés et ne voient pas bien la scène.

Et personne ne comprenait, alors je me tordais la pensée parce qu’on dit que chaque problème à sa solution. On trouvait que j’avais maigri, que c’était l’angoisse qui me tordait les boyaux. Je crois que c’est pendant cette période que je suis devenu pessimiste et que j’ai préféré les verres vides. Quand ma tête tournait le monde ressemblait aux manèges de mon enfance, c’était joyeux. Je m’imaginais sur un cheval en bois, mais je crois qu’il était vieux, parce qu’il ne marchait pas droit.

Une fois même, je me suis retrouvé dans la Seine. Je ne me rappelle plus bien pourquoi, peut être que j’avais faim et que j’avais voulu pêcher comme Huckleberry Finn quand il enroulait un fil autour de son doigt de pied. Peut être qu’en Amérique il y a des gens autour des rivières qui donnent des radeaux pour ceux qui sont tentés par l’aventure, parce que l’Amérique c’est le pays de la liberté, mais moi en France, j’en avais pas, et j’ai battu des bras pour effrayer la panique quand je me suis réveillé au milieu de toute cette eau, au mépris des poissons qui arrêtaient ma liberté où commençait leur sommeil. Finalement j’ai rejoint la rive avec le froid dans mes habits et suis rentré dormir.

L’Amérique, c’est mieux qu’ici, ils ont surement des chevaux jeunes dans leurs ranchs et des forêts de radeaux.

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