11.05.09
Portraits du Chaos
Le chaos, ce joyeux vagabond, partageait sa bonne humeur comme d’autres soulèvent leur chapeau pour saluer. ” Cet élan qui modèle chaque seconde selon son envie, voilà la vie, voilà la vie !” chantonnait il.
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Marchant à pas feutrés sur des nuages de coton, j’apercois le Chaos reposant ses traits enfantins dans une bulle de sommeil.
Les âmes labyrinthiques
Une de ces rares fois où nous nous parlons depuis que nous avons rompu. Elle me redit une phrase que j’avais dite sur elle, qu’après coup, elle la trouve juste. Je suis incapable de me rappeler le cheminement de mon raisonnement, comme si le temps l’avait recouvert de poussière. Le vent de l’oubli a effacé les pas que nous avions fait vers l’autre. De cette intimité passée – l’intimité c’est faire quelques pas dans le labyrinthe de l’âme de l’autre, parfois avant que lui même ne les fasse – il ne reste que quelques marques indiquant qu’elle a existé.
Mais elle a existé. En avoir la certitude me rend heureux.
10.25.09
Faire un voeu
Pour s’amuser, pour le plaisir, avec l’auteur du blog de l’effet papillon (le lien est à droite, attention, le ton là bas est assez differents pour choquer les quelques habitués d’ici
note : Enfin, elle est censé. Un réveil et des sidaïques terroristes auront différés la parution de son coté.), nous avons décidé d’écrire sur des thématiques lancées par l’un de nous. Cette semaine, il s’agissait de “faire un vœu”. Si à l’avenir, d’autres veulent se prendre au jeu, qu’ils fassent signe à l’un de nous d’eux, ça sera avec plaisir !
Passant devant une fontaine, l’idée de lancer une pièce me prend. Envie d’autant plus absurde que je n’ai pas de vœu, mais ces idées qui sonnent comme un écho à peine compréhensible d’un lointain en nous ont un charme fascinant qui finissent toujours par me subjuguer. Et après tout une pièce ne pourrait jamais être qu’un émissaire muet, incapable de délivrer son message. Je décide finalement de suivre cette lubie, sait on jamais qu’elle mène quelque part.
Je lance une pièce. Elle tombe, coule au fond, délivrant à son passage une cohorte de bulles.
Elles remontent, arrivent à la surface. Quand elles éclatent, des voix rappelant l’enfance se diffusent, qui murmurent ce qui est d’habitude couvert par le tappage de la fatigue et des désillusions.
Elles soufflent que le meilleur reste à venir, que ce ne sont pas que milles épines qui vont accompagner notre route, qu’il y aura aussi des roses qui la coloreront, qu’elles distilleront dans nos souvenirs un parfum entêtant, même une fois oubliées.
Et les bulles éclatent, une a une, porteuses d’un espoir reveillé, jusqu’à la dernière.
Le brouhaha ne revient pas défigurer le silence. Comme un manteau protège du froid, une bulle enveloppe l’esprit, laissant le vacarme au monde pour quelques temps.
Jeter une pièce pour sentir revivre l’enfant avide d’un merveilleux inéluctable. Jeter une pièce pour y croire encore. Ça vaut bien quelques centimes.
10.18.09
Sérénité routière
Mes yeux passent devant un large panneau, un des nombreux qui polluent notre champs visuel de messages n’intéressant que leurs décisionnaires. Dessus, on voit une route et un message ” La sérénité progresse.” Il y a quelque chose d’incohérent, coup d’œil en arrière. En fait était écrit ” La sécurité progresse.” Simple message de la sécurité routière.
Au détour d’une ombre, d’une ligne, c’est parfois nous même qu’on rencontre.
Les repères usés
Je traverse saint Michel, allant vers un rendez vous, l’esprit plongé dans un livre de James Hillman. La foule parisienne s’écarte, elle est bienveillante envers ceux qui sont happés ailleurs.
Une phrase passe sous mes yeux. ” Le cynisme, ce ricanement infligé à sa propre étoile.” La joie que j’ai à lire cet auteur depuis tout à l’heure atteint son point culminant, j’écorne le livre, sort un stylo et commence à souligner la phrase. Pour la première fois depuis 30 minutes, je regarde autour de moi.
Je suis incapable de dire où je suis.
Il suffit de peu pour nous désorienter. Une perspective inconnue, une rue que nos habitudes ont toujours ignorées et nous voilà ailleurs, tout en étant au même endroit.
C’est de cette manière qu’agit un bon livre, il fait vaciller nos repères, qu’il nous fasse nous perdre où voir le monde sous un œil différent.
10.12.09
Apatride
Il est des endroits dont on revient blessés, le visage marqué par ce qu’on y a vécu. Déracinés, la cicatrice restante sera à jamais notre patrie. Errants, c’est alors qu’on espère croiser un autre, un autre soi, revenant d’enfers similaires pour enfin être compris.
09.18.09
Il y a du génie en germe dans la laideur
Je reviens d’une pause clope. Elles sont toutes les trois en train de discuter du meilleur endroit où assouvir son désir triste. Froidement. Plus proche d’un médecin disséquant un cadavre que d’une fête dionysiaque. Des techniciennes du cul. La première a un visage que son décolleté ne m’a pas laissé le temps d’apercevoir, tandis que la seconde sculptait ses formes dans une robe noire.
Les blessures rendent froids, gèlent les mots et l’émotion, mais le désir continue. Il se fraye un chemin. Comme il peut.
Le cas de la troisième était plus intéressant. Grosse, le cheveu quittant le crane comme un soldat ses rangs, sentant la débâcle venir.En un mot, repoussante.
En matière de propos sexuels, la beauté, pour les femmes, est l’unique facteur de crédibilité. Et dans sa bouche, les mots sonnaient distordus, grotesques.
On m’objectera que les hommes se lachent plus avec les moches. On ne peut pas avilir ce qui l’est déja, même si c’est seulement par la cruauté de Dame Nature. Sans compter qu’on ne se promènera jamais avec elle. De là elle pouvait tirer l’expérience sexuelle qu’elle prétendait avoir. Contrairement aux deux autres, qui semblent arrivées là de désillusion en blessures, il semble qu’elle n’ai pas eu le choix.
Mieux vaut le vice que rien. Le désir se fraye un chemin. Comme il peut.
Monstruosité s’ignorant à moitié, elle tentait de ramener un peu de féminité à elle par l’artifice de la parole. ” Je suis chiante, c’est normal, je suis une femme.” ” Et la galanterie, comment tu traites les femmes toi ?” En boucle. Pour tout et n’importe quoi. Dans ces images d’Épinal résidait sa seule chance d’avoir le statut de femme dans le regard des hommes, que sa laideur lui refusait.
Le procédé m’a fasciné. Faut il s’être résigné pour penser à ces stratagèmes. Un trait de génie tiré de sa laideur.
09.10.09
Noblesse et pauvreté
Qu’est ce que que la noblesse ?
La noblesse, c’est de ne pas laisser nos manques, ces égouts qui nous fondent, diriger nos comportements.
Dialogue de sourds
“Une fois tes illusions disparues, il te restera la vérité” dit l’idealiste.
“Une fois mes illusions perdues, il ne restera que l’amertume de ces édens disparus” répond le désillusioné
L’idealiste rit de ce souffrant accroché a ses songes tandis que le désillusionné se dit que son interlocuteur n’a pas vécu.
Moi, cet inconnu.
Ce qui fait notre spécificité nous est toujours si naturel qu’il nous est quasiment inconnu.
C’est le drame de ceux qui se cherchent, de désespérer de ne pas se connaitre, tant ils sont happés par leur spontanéité.