12.22.09

Errance I

Publié dans Fragments de Chaos refroidis à 12 12 21 1221 par oxymore1202

Réveil mouvementé. Impossible de retrouver ma place de concert. J’étais pourtant sur de l’endroit où je l’avais déposé il y a deux semaines. Sous le lit, rien. Je fouille en vain mon tapis de livres. Je ne m’en suis pas servi de marque page. Comme la mer emporte les corps au loin, le capharnaüm qu’est ma chambre l’avait happé. Mon bordel organisé ne l’est pas tant que ca.

A une autre époque, j’aurais cru à un lutin farceur l’ayant caché. Mais les mythes ne sont plus vivants pour nous; j’imagine juste un courant d’air l’ayant fait voler jusqu’à la fenêtre. Ou que mon père l’a revendu sur e bay. Essais insensés de l’esprit pour donner un cadre rationnel à cet évènement. Que l’absence ne soit pas accompagnée du non sens.

Une heure de recherche inutile. Regarder trois fois aux mêmes endroits ne fait pas réapparaitre ma place. J’abandonne et part au boulot.

Vers 10h, je craque, je me rachète une place. 50 € s’envolent de nouveau. Le besoin d’évasion a pris le dessus. J’ai longtemps été pris d’un mépris dénué d’empathie envers les gens allant à des soirées pour faire rupture avec les émotions de leur quotidien. Des égouts inondés dégorgeants leurs eaux sales. Et me voilà en train de devenir ce qu’il y a peu encore, je regardais dédaigneusement. Un de ces êtres a moitié résigné au changement, s’accrochant à ce qu’il peut pour prolonger le précaire équilibre dans lequel se maintient sa vie.

Si plus tard dans un instant d’amertume nostalgique, je me demande à quel moment ma vie a foiré, cette anecdote pourra être une réponse.

La journée au boulot passe. Copie sans saveur d’une autre.

Elle finit enfin ! Direction le Zenith et sa catharsis attendue. Dans le métro je m’amuse a repérer ceux qui peuvent faire parti du public de Manson.

Les traditionnels adolescents habillés de t shirts a l’effigie de celui qui a apporté une voix a leurs questions et angoisses sont les plus repérables.

Ils me rappellent la jubilation que j’avais a leur âge a porter un sweat où Manson se représentait en Christ putréfié tandis que sur le dos était écrit en gros “kill your god” “kill your parents” “kill yourself”. Et dans une police d’écriture plus petite, un message reliait ces trois phrases. ” Attention, écouter Marylin Manson peut vous amener a TUER VOTRE DIEU, vous rendre compte que vos géniteurs sont stupides. Vous voudrez alors TUER VOS PARENTS. Puis dans un geste desespéré très rock n roll, vous pourriez aussi vous TUER VOUS MEME. ” Évidemment les gens ne s’arrêtaient qu’à ce qui était en gros caractères et se donnaient un air choqué. Oui, ce prêt a porter de la provocation m’a procuré quelques petites joies.

La noirceur facile se transformant en réflexe pavlovien dans ce genre de milieux, c’est vêtu d’une chemise à fleur que je me suis rendu à ce concert. Pied de nez discret à ceux qui transforment la provocation en uniforme.

Je continue de tenter de repérer les fans. Certains sont plus discrets, comme ce cadre moyen, habillé d’un trench et de chaussures de ville, mais dont un piercing a l’arcade trahit, si ce n’est la volonté d’automutilation, une légère volonté d’anticonformisme.

Je me mêle a cette troupe hétérogène pourtant dirigée vers le même divertissement.

A côté de moi, une petite brune habillée de noir. L’eye liner lui donne une touche discrètement gothique. Le simple prétexte de m’ennuyer suffit pour lier la conversation. Elle est en arrêt maladie depuis deux ans, se remettant d’une hémiplégie suite à une rupture d’anévrisme.

J’imite le journaliste à la recherche de racoleur. La conversation dérive sur les excès des fans. Une amie à elle attend depuis 8h du matin. Je me demande si ce genre de personnes seraient prêts à acheter de la drogue, espérant qu’elle serve de passe pour les backstages. Elle me corrige, disant qu’il suffit juste d’être une nana et peu vêtue pour avoir un accès. Le drame de son amie est d’ailleurs de n’avoir jamais été choisie.

Des gens alimentant autant leur cristallisation ne supporteraient au final pas le contact avec la réalité de leur idole. Trop de décalage. C’est la théorie dont je fais part à la jolie brune. Elle part du principe inverse. La cristallisation augmentera la valeur de l’expérience. Même si Manson est un éjaculateur précoce à petite bite, la nana jouira comme rarement.

Au final les deux se rejoignent. D’abord l’euphorie puis le dégrisement.

Toujours autant fasciné par les déviances de l’humain, nous repartons sur les excès. Une autre de ses amies, groupie obsessionnelle d’Indochine, met après chaque concert ses habits sous cellophane et les accroche à son mur. Un mur de de fringues imbibées de sueur et d’hystérie. C’est ce genre d’anecdotes qui me pousse à sortir de chez moi. Ces histoires improbables me donnent le sentiment que ma journée n’a pas juste existé pour me rapprocher de ma mort.

Un ami à elle arrive. Mes amis aussi. J’hésite à prendre son numéro. N’ayant pas vu beaucoup de signes d’intérêts, je ne le fais pas. La mécanique est rouillée. J’ai perdu mes réflexes et une partie de cette désinvolture où un petit diable apparait sur mon épaule, hausse les siennes en me disant ” On s’en fout en même temps, rien à perdre.” Je les laisse et pars rejoindre mes potes. Non sans un regret à imaginer ce qu’aurait pu donner la suite. Les regrets ont la délicatesse de laisser intact le possible sublime d’une rencontre. C’est le seul délice de l’inaction.

Nous nous asseyons dans les gradins, jetant une oreille distraite et un œil ironique à la première partie. Le chanteur sembler aimer monter sur ses retours. Nous le diagnostiquons atteint du syndrome Sarkozy. Trop honteux de sa taille. Nous échangeons sur nos vies et racontons des blagues, des bières, dont la couleur et le prix rappellent l’or, à la main. L’instant est plaisant.

Le public est aussi peut réceptif que nous. Le chanteur le sait. Il ironise, faisant hurler au public “We want Manson !”, suivi d’un “Fuck you”. Un bon chauffeur de salle, en somme.

Puis le rideau tombe. La tension monte. Les hystériques hurlent. Les motivés descendent dans la fosse. Les pragmatiques vont rechercher des bières.

Premières notes. Une basse lourde ravive les émotions des centaines d’heures passées à écouter ce groupe. Je suis dans un terrain chaleureusement familier. Mon pied bat le rythme.

” This is evolution. The monkey, the man, then the gun.”

Derrière moi des gens fument. Un joint. Ils m’ôtent mes derniers scrupules à allumer une cigarette. Nicotine. Alcool. Musique. L’euphorie qui s’empare de moi.

Mon pacte avec l’écriture me pousse à rester spectateur. Pour voir, noter et pouvoir me restituer autant que l’environnement.

Quelques chansons plus tard, il est rompu. Je quitte les gradins, vais rejoindre la fosse. Le son me traverse. Clope à la main, je hurle sur les chansons. Mon corps s’agite, frénétique. La catharsis a lieu.

Le public autour de moi est dans un état similaire.

Manson tient un micro et une rose noire en main. En fond, par delà les fumigènes, une toile tendue. Dessus, des notes. Incohérentes pour qui ne les a pas écrites. Comme les murs d’une chambre de fou. Comme une feuille d’écrivain.

“Hey, you, what do you see, something beautifull, something free ?” Toute ma haine momentanée de la vie se condense dans des paroles que je défigure de mes hurlements.

Parfois Manson me parait tragique quand la foule scande
” They love you, when you’re on all the covers.
When you’re not, then they love another.”

“A pill to make you numb
A pill to make you dumb
A pill to make you anybody else
But all the drugs in this world
won’t save her from herself “

D’autres fois, juste touchant.

Ma gorge est irritée à force de cris et de clopes. Je suis en sueur, essoufflé. Devant moi une femme enlève son tshirt. Topless. Mon imagination commence à travailler. Je me demande comment l’embrasser, pour continuer sur cette lancée dionysiaque. Des hanches peu prononcées, les cheveux mi longs. Détail intéressant, elle a gardé ses lunettes. Je lui fait part de ce point qui m’amuse.

C’est une voix grave qui me répond. Un homme. C’est un homme.

Passé le sourire que me provoque cette surprise nous discutons. Il me suit dans mon tabagisme. Ainsi que quelques autres autour. Il faut peu de choses pour que les règles de civilités se brisent. De même qu’à un feu la plupart des gens se claquent sur la première personne traversant, il suffit qu’une personne fasse le premier pas pour que les autres laissent libre cours à leur envie.

Le concert se finit. Des caméras de télé attendent dehors. Certains poussent les hurlements que les journalistes en mal de clichés attendent. Fébriles ces prostituées de Narcisse attendront avec une curiosité mêlée d’excitation de savoir s’ils apparaissent à la télé le lendemain.

Le quart d’heure de gloire Warholien; “Fifteen minutes of fame”. Manson parlait de “fifteen miutes of shame”. Ça me semble plus juste.

Retour en RER. Quasiment tous les sièges sont vides. Je m’assois dans un carré. Seul. Un homme vient faire de même en face de moi alors qu’il y a de la place partout ailleurs.

Le train s’arrête entre deux stations. L’homme engage la discussion avec moi. Au bout de deux minutes je l’interromps :

” – Je sens que cette discussion va partir en couille …
- Pourquoi ?
- D’habitude les gens se haïssent et feront tout pour éviter de se parler. Toi, alors que tu avais toute la place, tu es venu juste en face de moi. Et ta manière de parler … Tu es gay ?
- Je traine parfois avec des amis gay, oui. Pourquoi, tu as quelque chose contre ca ?
- Tant qu’ils en veulent pas à mon cul, je m’en fous.
- Pourquoi, tu as déja eu des expériences avec des gays ?
- Heu, je le suis pas, donc non. Bon, alors, tu es gay ou non ?
- C’est étonnant cette manière de vouloir me voir gay. Tu refoules peut être une partie de toi que tu préfère mettre sur moi.”

Naïf comme une pute sur le retour, ses ficelles paraissent grossières et me font sourire. Il tente de commencer un travail de sape, espérant révéler l’homosexualité latente que certains ont en eux.

” – Oh mon dieu, tu as raison, je projettes sur toi ! Je suis gay ! Non mais sérieux … Bon tu veux toujours pas me dire que tu es gay, donc.
– Je dirais que je suis gay quand tu avoueras que tu l’es.
- Donc tu ne le diras pas !
- Tu es en train de me dire que tu es gay, donc ?”

A cet instant je le trouve habile. M’habituer aux dénégations. Une fois. Deux fois. Puis me mettre dans une situation rappelant la dénégation en y incluant un autre sens.

“- Non, que je suis gentil et te fais le plaisir d’aller là où tu m’amènes. Ah, non, pardon, reprenons : Mon dieu, je suis gay en fait !?! Bon, par contre là, ca va être à toi de nourrir ce terrible doute qui nait sur ma sexualité hein !”

Coincé dans un tunnel sombre avec un gay. S’il n’y avait pas un peu de gêne face à son rentre dedans, la métaphore m’aurait faite rire. Il ne répond pas.

” – Nan, rien finalement ?
- Tu ne parles pas beaucoup. Pose moi des questions.
– C’est quoi le dernier bouquin que tu as lu ?
- Ah je ne suis pas un lecteur moi. Je préfère les informations, télévisées. Parfois je lis le métro pour m’occuper dans le RER.
- Ouais, en somme tu n’en as rien foutre des infos, ca t’occupe juste. Métro, c’est un torche cul qui reprend des dépêches AFP. Aucun esprit d’analyse dedans.
- Dit moi, tu étais malheureux dans ta jeunesse pour réagir comme ca ? Tu étais renfermé, tu te sentais différents des autres ?”

Le serpent est de retour. Je connais peu de gens qui peuvent se targuer d’avoir eu une jeunesse heureuse. Poser cette question revient à tomber juste la plupart du temps.

” – Comme tout à chacun, oui.
- C’était du à ta timidité, celle que tu as toujours ?
- Je ne suis pas un timide. Enfin, je ne suis plus.”

S’il tombe juste, je lui donne les infos. Pour voir jusqu’où il peut pousser.

Il n’aura pas poussé plus loin. Le RER repart finalement, et il descend à la station d’après, voyant qu’il ne pouvait rien tirer de moi, et encore moins me tirer. Non sans me glisser sur le départ :

“- J’espère que ca t’aura un peu excité tout ca.
- Non, mais ca m’aura fait rire, oui.
- Maintenant tu penseras à moi quand tu prendras cette ligne.”

Oui, au moins le temps où j’écrirais les lignes pour relater l’anecdote …

12.14.09

Tentation d’ailleurs

Publié dans Non classé à 21 09 38 1238 par oxymore1202

C’est dans le chaos, la douleur et l’angoisse que tout a commencé. Ca ne pouvait germer que dans ce terreau là.

Ce rêve où mes patrons me recadrent parce que mon boulot ne correspond pas à leurs attentes. Des retards. Trop familier. Des lenteurs dans le travail. Une personne voulant se faire virer ne s’y prendrait pas autrement.

Deux semaines après, je vivais cette scène. Avoir ses rêves qui deviennent réalité la transforment parfois en cauchemar.

Une semaine plus tard, j’étais saoul à m’en ouvrir l’arcade sourcilière lors d’un cocktail d’entreprise. Autodestruction physique et sociale dont j’ai été le premier surpris, n’étant pas né de la dernière cuite.

Au moyen age, les corps des criminels qui avaient été pendus étaient exposés sur la place publique. Sentence autant qu’exemple de dissuasion. A chaque fois que je pense à persister dans mon travail, je croise mon regard et aperçois ma cicatrice. C’est un pendu que je vois. Avertissement et prophétie.

C’est une puissante envie d’ailleurs qui m’étreint depuis.

Un fil de rasoir sépare la volonté de changement de la volonté de fuite. Elles naissent de la même tempête intérieure. Si la plupart des gens ne changent jamais, c’est, avant même la peur de l’inconnu, à cause d’une grande résistance à la douleur. Marathoniens quotidiens d’un enfer insensé. La souffrance n’atteint pas ce point de rupture où se créé un dégout qui imprime au fer rouge un serment simple : “Plus jamais ca”.

C’est là une douleur nécessaire pour amener la simple question : ” De quoi ai je réellement envie ?” A l’instant où cette question est formulée, une porte s’ouvre. Un mélange d’images, d’espoirs et de sensations envahit l’esprit.

Ce regard neuf que l’on a pendant un voyage. Ces instants dépoussiérés du quotidien où la beauté d’une ville nous fige pour mieux en profiter. Les trottoirs délabrés de Camden et la lune apparaissant entre les tours d’une église bordelaise se confondent dans la même joie contemplative.

L’écriture, la sensation enracinée de savoir qu’une partie de ma vie se jouera dedans. Le rayon carnet de voyage à la fnac. Écrire et voyager est une chose possible.

Cette année et demie à vivre des histoires invraisemblables alors que j’apprenais à draguer dans la rue. Rencontres savoureuses et décevantes comme cette fille accostée parce que son déhanché dessinait le symbole mathématique de l’infini quand elle marchait. Ne pas aller parler à la propriétaire d’un cul me parlant d’infini aurait été indécent. Histoires invraisemblables comme cette fois où je me suis retrouvé au cœur d’une émeute où, pendant que certains brulaient des sapins, un ami passait demandant si le barbecue était bien prévu ici.

Des morceaux épars qui d’un coup s’assemblent pour former une image. Puzzle dont on n’avait aucune conscience. Comme dans un de ces moments où tout ce à quoi on a été aveugle nous explose à la gueule. Rupture, trahison. Comme un de ces romans policiers qui une fois fini nous laisse agacé et admiratif tant on avait tout sous les yeux. Cet instant de bascule où le sens apparait.

Impossible de dire si ce désir est une hallucination de l’assoiffé errant dans le désert ou l’intuition d’une source de vie cachée. Potentiellement les deux; on ne décide pas de l’impulsion première, mais ce qu’on en fait nous appartient.

Si jamais cette envie se concrétise, ce texte sera l’introduction au carnet de voyage.

12.11.09

Dialogue avec le silence

Publié dans Non classé à 0 12 02 1202 par oxymore1202

J’erre dans la fnac. Mes pas me perdent au rayon littérature française. Autour de moi des livres. Partout.  Emplis de mots qui ont dansé, hurlé,  chialé, se sont joués de la plume qui a voulu les asservir pour mieux régner.

Je prends quelques livres, les feuillettent, espérant trouver au hasard d’une page  une  illumination de génie. Une de celles qui vaillent la souffrance, le désespoir et l’énergie qu’ont couté chaque ouvrage.

Rien. Le destin a choisi d’être timide. Ou a rendez vous avec un autre.

Je me dirige vers les caisses. Sur le chemin, je sens quelque chose monter en moi. Une émotion qui ne sait pas s’exprimer et ne trouve comme seul moyen de se manifester que de me soumettre à sa fascination.

Les jours précédents, l’attente dans la queue était insupportable. Parisien ne croyant pas avoir le luxe du temps, les autres clients n’étaient que des obstacles vers la sortie et les caissiers, hébétés par les légions qu’ils devaient contenir, semblaient imiter des vieux comptant leur monnaie. La lenteur incarnée. L’impatience me faisait prendre des secondes pour des minutes.

Là, rien de tel. La foule existe à peine. L’impatience, un vague souvenir. Je suis ailleurs. Happé. La réalité n’est plus qu’une silhouette se devinant à peine dans la pénombre. Je tente maladroitement de trouver des mots pour une pensée qui rejette ceux ne correspondant pas exactement à ce qu’elle veut exprimer sans savoir le faire. Implacable.

Une forme d’échange finit par s’installer. Certains mots lui plaisent.

” L’enfance est un regard complice croisé dans un cirque fictif, un rire surprenant de cruauté comme un éclair d’obscurité.”

Et elle se tait, me laissant apprécier un de ces instants de grâce où la vie est trop riche pour donner du crédit aux contrariétés.

Mes achats payés, je sors m’assoir sur le premier banc venu pour sauver de l’oubli ce qui m’a été dicté. Puis je repars.

Je marche un peu quand l’émotion se rappelle à moi, me rappelle à elle. Impossible de savoir si elle imite les flux et reflux de la mer ou l’enfant cherchant l’attention. Qu’importe. J’aime trop ces moments pour lui en tenir gré. Possédé, c’est une carrosserie de camionnette qui servira de support à l’écriture qu’exige ce doux tyran.

“L’inattendu d’une phrase qui redonne au monde son innocence, une caresse suspendue à une intimité silencieuse.”

Un peu plus tôt ,près de mon banc, un bambin courrait pendant que sa mère hurlait son nom pour mieux se donner l’impression d’avoir un peu de contrôle.

Mon nom.

“RAPHAELLLL”

La coincidence m’avait amusé deux secondes avant que l’inspiration ne pose un voile sur la réalité.

Continuant mon dialogue avec le silence, j’entend de nouveau mon nom hurlé. “RAPHAELLLLLL”La rombière et son gosse me poursuivent … Je les ignore.  “RAPHAELLLLL”. Une deuxième fois. Je me retourne, c’est en fait une amie. Elle me sort de mes pensées. Les automatismes de ma sociabilité reviennent me plonger dans l’instant. La coloration de mes  émotions change.Puis chacun repart vers sa vie.

De nouveau seul.  L’inspiration ne m’accompagne plus.  Le silence s’est réfugié dans le mutisme. Et la joie de l’échange avec, transformée en poussière.

Vraiment seul.

Elle ne le saura jamais, mais j’ai détesté cette amie pour ca.

” L’enfance est un regard complice croisé dans un cirque fictif, un rire surprenant de cruauté comme un éclair d’obscurité, l’inattendu d’une phrase qui redonne au monde son innocence, une caresse suspendue à une intimité silencieuse.”

11.27.09

Mensonge d’ici et d’ailleurs.

Publié dans Non classé à 21 09 38 1138 par oxymore1202

« Il t’a pas loupé !»

Un passant qui commente ma plaie, la croute sur mon œil me servant de maquillage. Une bagarre, c’est l’hypothèse à laquelle ils pensent en premier. Pour eux la bêtise régit les comportements, pas l’autodestruction. Ce qui prouve qu’ils sont sains d’esprit.

Un gout de vide dans la bouche. La nicotine ne l’altère pas. Pas plus que l’alcool. Ni la salive d’une femme. Dès que je tente de bouger mon sourcil, ma blessure se rappelle à moi. L’amertume du sang. L’amertume du vide.  A l’opposé de l’apologie du bonheur, l’autodestruction, comme deux extrêmes se rejoignant dans le néant.

Le même désœuvrement qui jonchait les trottoirs délabrés de Camden est en moi. Comme un souvenir ramené de Londres.

Un gout de vide dans la bouche. De ceux qu’on tente de faire partir en mettant des mots dessus. Pour le mettre à distance, comme si ca lui enlevait de sa fureur. Parce qu’on a envie de croire encore que dans le mystère que réserve demain il y aura aussi de la joie. Comme le sang coagule pour laisser se ressouder la chair, l’espoir tente de colmater les brèches psychiques. La vie tente de reprendre ses droits, apportant son lot d’images paradisiaques.

Il faudrait en être dupe de la vie, y croire aux mensonges qu’elle nous insuffle. Comme si là bas était meilleur qu’ici. Il suffit d’y être allé une fois pour ne plus y croire. Dès qu’elles deviennent réalités, ces images laissent aussi un gout de vide. La réalité n’a jamais la saveur du rêve.

Et mon arcade me fait mal.

11.05.09

Portraits du Chaos

Publié dans Non classé à 22 10 31 1131 par oxymore1202

Le chaos, ce joyeux vagabond, partageait sa bonne humeur comme d’autres soulèvent leur chapeau pour saluer. ” Cet élan qui modèle chaque seconde selon son envie, voilà la vie, voilà la vie !” chantonnait il.

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Marchant à pas feutrés sur des nuages de coton, j’apercois le Chaos reposant ses traits enfantins dans une bulle de sommeil.

Les âmes labyrinthiques

Publié dans Non classé à 22 10 14 1114 par oxymore1202

Une de ces rares fois où nous nous parlons depuis que nous avons rompu. Elle me redit une phrase que j’avais dite sur elle,  qu’après coup, elle la trouve juste.  Je suis incapable de me rappeler le cheminement de mon raisonnement, comme si le temps l’avait recouvert de poussière. Le vent de l’oubli a effacé les pas que nous avions fait vers l’autre. De cette intimité passée – l’intimité c’est faire quelques pas dans le labyrinthe de l’âme de l’autre, parfois avant que lui même ne les fasse – il ne reste que quelques marques  indiquant qu’elle a existé.

Mais elle a existé. En avoir la certitude me rend heureux.

10.25.09

Faire un voeu

Publié dans Phrases vire volantes à 12 12 55 1055 par oxymore1202

Pour s’amuser, pour le plaisir, avec l’auteur du blog de l’effet papillon (le lien est à droite, attention, le ton là bas est assez differents pour choquer les quelques habitués d’ici :D note : Enfin, elle est censé. Un réveil et des sidaïques terroristes auront différés la parution de son coté.), nous avons décidé d’écrire sur des thématiques lancées par l’un de nous. Cette semaine, il s’agissait de “faire un vœu”. Si à l’avenir, d’autres veulent se prendre au jeu, qu’ils fassent signe à l’un de nous d’eux, ça sera avec plaisir !

Passant devant une fontaine, l’idée de lancer une pièce me prend. Envie d’autant plus absurde que je n’ai pas de vœu, mais ces idées qui sonnent comme un écho à peine compréhensible d’un lointain en nous ont un charme fascinant qui finissent toujours par me subjuguer. Et après tout une pièce ne pourrait jamais être qu’un émissaire muet, incapable de délivrer son message. Je décide finalement de suivre cette lubie, sait on jamais qu’elle mène quelque part.

Je lance une pièce. Elle tombe, coule au fond, délivrant à son passage une cohorte de bulles.

Elles remontent, arrivent à la surface. Quand elles éclatent, des voix rappelant l’enfance se diffusent, qui murmurent ce qui est d’habitude couvert par le tappage de la fatigue et des désillusions.

Elles soufflent que le meilleur reste à venir, que ce ne sont pas que milles épines qui vont accompagner notre route, qu’il y aura aussi des roses qui la coloreront, qu’elles distilleront dans nos souvenirs un parfum entêtant, même une fois oubliées.

Et les bulles éclatent, une a une, porteuses d’un espoir reveillé, jusqu’à la dernière.

Le brouhaha ne revient pas défigurer le silence. Comme un manteau protège du froid, une bulle enveloppe l’esprit, laissant le vacarme au monde pour quelques temps.

Jeter une pièce pour sentir revivre l’enfant avide d’un merveilleux inéluctable. Jeter une pièce pour y croire encore. Ça vaut bien quelques centimes.

10.18.09

Sérénité routière

Publié dans Non classé à 21 09 46 1046 par oxymore1202

Mes yeux passent devant un large panneau, un des nombreux qui polluent notre champs visuel de messages n’intéressant que leurs décisionnaires. Dessus,  on voit une route et un message ” La sérénité progresse.” Il y a quelque chose d’incohérent, coup d’œil en arrière. En fait était écrit ” La sécurité progresse.” Simple message de la sécurité routière.

Au détour d’une ombre, d’une ligne, c’est parfois nous même qu’on rencontre.

Les repères usés

Publié dans Non classé à 21 09 37 1037 par oxymore1202

Je traverse saint Michel, allant vers un rendez vous, l’esprit plongé dans un livre de James Hillman. La foule parisienne s’écarte, elle est bienveillante envers ceux qui sont happés ailleurs.

Une phrase passe sous mes yeux. ” Le cynisme, ce ricanement infligé à sa propre étoile.” La joie que j’ai à lire cet auteur depuis tout à l’heure atteint son point culminant, j’écorne le livre, sort un stylo et commence à souligner la phrase. Pour la première fois depuis 30 minutes, je regarde autour de moi.

Je suis incapable de dire où je suis.

Il suffit de peu pour nous désorienter. Une perspective inconnue, une rue que nos habitudes ont toujours ignorées et nous voilà ailleurs, tout en étant au même endroit.

C’est de cette manière qu’agit un bon livre, il fait vaciller nos repères, qu’il nous fasse nous perdre où voir le monde sous un œil différent.

10.12.09

Apatride

Publié dans Non classé, Phrases vire volantes à 10 10 51 1051 par oxymore1202

Il est des endroits dont on revient blessés, le visage marqué par ce qu’on y a vécu. Déracinés, la cicatrice restante sera à jamais notre patrie. Errants, c’est alors qu’on espère croiser un autre, un autre soi, revenant d’enfers similaires pour enfin être compris.

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